Route des Grandes Alpes…en sept épisodes

Episode 4 : Col de Vars et Barcelonnette.

On entre maintenant, en passant le col de Vars à 2 108 mètres d’altitude, dans les Alpes de Haute Provence laissant derrière nous les Hautes Alpes. Ouvert en 1890, il est la voie entre la vallée de l’Ubaye, le Queyras et l’Embrunais. Un peu plus bas, au nord, un refuge Napoléon y a été construit en 1855, il avait pour obligation d’être ouvert tout au long de l’année pour accueillir les voyageurs. La route, elle, construite en 1893 par l’armée sur l’initiative du Général Berge, commandant du 14e corps de Lyon, avait une dimension stratégique à ses débuts permettant de relier les différentes garnisons présentes dans les Alpes.

Nous aurons passé tous ces cols juste avant leur fermeture, puisque celui-ci aussi n’est ouvert que de Mai à Octobre. Toujours peu de monde, le plaisir d’un ciel totalement bleu, un vent légèrement frais mais n’empêchant en rien de se préparer à manger sur une table mise à disposition pour des « apprentis nomades ». Le soleil et le vent permettent de faire sécher la tente et les duvets, un petit camion peut parfois faire rêver, mais le confort est tout relatif. Une certaine vision de la Van Life, un mix de camping et le « luxe » du nomadisme dans plus ou moins 5m2.

La route maintenant va nous guider vers la petite ville de Barcelonnette dont l’histoire de sa réussite se doit d’être racontée rapidement ici. Située à 1 135 mètres d’altitude, au coeur de la vallée de l’Ubaye, elle fût fondée en 1231 par Raimond-Bérenger IV de Provence. Entre 1850 et 1930, certains habitants, aventuriers et négociants en textile, émigrent au Mexique pour chercher fortune, comme Alexandre Reynaud, fondateur à Mexico du magasin « Las Fabricas Universales ». A leur retour, ils se font construire des villas de différentes inspirations, un mélange de villas mexicaines, d’Art Déco, éclectisme architectural de cette fin de 19e siècle que l’on peut voir à Barcelonnette, mais aussi à Jausier, commune voisine.

On laisse là cette ville aux 300 jours de soleil par an pour continuer notre périple en direction du plus haut col d’Europe, celui de la Bonette à 2 715 m et ses paysages à couper le souffle… imposants, surprenants qui donnent l’impression d’être ailleurs.

(vous pouvez également retrouver l’épisode 1, épisode 2 et épisode 3 en cliquant sur les liens)

 

DJI_0042DJI_0033DJI_0038DJI_0030DJI_0029

Hommage aux Anciens…

 

Monuments aux morts ou cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps).

Erigés par les communes après la guerre en hommage à leurs morts, tantôt sobres, tantôt lyriques, souvent faits avec peu de moyens car la France est alors un pays détruit, ruiné. Les photographies montrent leur diversité, mais elles veulent surtout faire partager l’émotion qui surgit à la lecture des noms gravés sur ces lieux de mémoire.

Bercés par la sonorité des beaux prénoms anciens, on voit apparaître les visages de ces jeunes gens partis défendre leur patrie, les photos de nos arrière-grands-parents, mais très vite ces images nostalgiques font place à l’horreur, à la douleur des familles, aux gueules cassées, aux corps amputés… On pense aux premières pages du roman « Au revoir là-haut » ou au très bel album de Pef, « Zappe la guerre » (Ed. Rue du Monde), et à ces soldats qui sortent de leur monument aux morts, découvrent la télévision… et, qui, à la vue des images des guerres actuelles se demandent le bien-fondé de leur sacrifice.

On se prend à rêver alors que tous les monuments aux morts sont des monuments pacifistes, tel celui du village de Gentioux-Pigerolles dans la Creuse, dont le maire, instituteur, revenu pacifiste de la guerre, avait fait graver au bas des noms : « Maudite soit la guerre »

Monument-au-mort-a-cote-de-Yport-2Monument-au-mort-Fecamp-Monument au mort Serverette 2Monument aux morts Lagrasse 1Monument aux morts Le PeyratMonumet aux morts Fayet 2

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L1025126L1025117-1

 

 

La rigole…

Eyne, au-dessus de ce petit village des Pyrénées-Orientales, en remontant vers la vallée, il y a cette petite rigole qui, à flan de montagne détourne et collecte les eaux, épouse et joue avec les contours. Je n’ai jamais compris pourquoi j’avais cette attirance pour ce lieu, elle n’a rien d’exceptionnel, un mélange de zinc ou d’aluminium très très loin de la beauté des constructions en pierre. Pourtant elle est là, un chemin étroit en terre battue qui la longe. L’hiver elle n’est que glace, l’été son flux continu laisse une musique douce aux oreilles comme une caresse.

Peut-être que j’aime y aller, y flâner parce que sans cesse la lumière y change sur ses surfaces réfléchissantes, que la photographie y devient poétique, que les formes obtenues invitent à la suggestion tant optique que pariétale, que l’on frise la question de l’éphémère et du temps et que la photographie prend tout son sens dans ses qualités et ses capacités à introduire d’autres réels. Incorporer, disséminer, laisser l’image raconter d’autres histoires…

Rigole-d-eyne-8

Rigole-d-eyne-14

Rigole-d-eyne-13

Rigole-d-eyne-18

Rigole-d-eyne-20

Rigole-d-eyne-4

Rigole-d-eyne-1

Rigole-d-eyne-3

Rigole-d-eyne-2

Rigole-d-eyne-5

Petites routes pyrénéennes

Ces petites routes des Pyrénées Orientales sur le plateau de Cerdagne …

 

R1-09798-0034R1-09798-0028R1-09798-0023

R1-09798-0012

R1-09798-0010

R1-09798-0012

R1-09798-0005R1-09798-0014R1-09798-0018R1-09798-0004R1-09798-0009

Route des Grandes Alpes…en sept épisodes

Episode 3 : St VERAN

Commune des hautes Alpes de 290 habitants dans le Parc Naturel Régional du Queyras, le centre du village (église) est situé à 2042 m d’altitude ce qui qualifie Saint-Véran de plus haute commune d’Europe, également la plus haute où l’on mangeait le pain confectionné avec des céréales cultivées dans les champs alentours, « Lou Plus haouts coumunoutas inte se mangeu lou pan de Diou » peut-on lire sur le cadran solaire qui se trouve sur le mur de l’église mais en 1957 des inondations détruisent les canalisations alimentant les moulins entraînant la fin de cette production céréalière d’altitude.  Le four à pain communal, que l’on peut visiter, témoigne de ces temps où à tour de rôle les habitants se relayaient afin de produire leur pain pour les froides périodes d’hivers.

Les cadrans solaires, également, font partie de ces découvertes visuelles, nombreux dans le Queyras, ils ornent certaines façades, lever le nez, regarder, observer suffit à les trouver (400 dans les hautes Alpes et plus de 70 dans le Queyras, pour l’essentiel oeuvres du XIXe par l’italien Giovanni Francesco Zarbula).

Dans la rue principale, il est bon de se perdre dans l’histoire des mines de cuivre qui, en amont du village ont été en activité de la fin du XIXe jusque dans les années 50 et dont certaines traces laissent à penser que déjà les Romains, sous Antonin Le Pieux (138 à 161 après JC) en connaissaient l’existence, une exploitation difficile et une histoire identique aux mines de Bentalliou dans les Pyrénées sur lequel nous avions déjà écrit un petit article et que je vous invite à lire.

st Veranst Veran

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Plaisir intense que de visiter ce village en cette période, les mélèzes aux couleurs dorées, la rougeur des arbousiers, le jaune des feuilles de bouleaux, la chaleur de l’architecture d’altitude, la beauté des toits de lauze et toujours très peu de monde en cette période automnale pour notre plus grand bonheur.

Saint-Véran accroché à ses montagnes, au pays des marmottes et des chamois est une perle à ne pas rater…

Mais il est temps de reprendre la route dans notre petit camion, celle des Combes du Queyras sur la D902, rejoindre le col de Vars pour s’y offrir un déjeuner au soleil, d’embrayer sur le chapitre suivant…et cette avancé vers la Méditerranée.

(vous pouvez également retrouver l’épisode 1épisode 2 et épisode 4 en cliquant sur les liens)

St VeranSt VeranSt VeranSt VeranSt Veran

 

 

L’âge de nos fils …

Anneau de la mémoire, le mémorial de Notre-Dame-De-Lorette, conçu par l’architecte Philippe Prost et l’historien Yves Le Maner, consiste en un anneau d’un périmètre de 345 m, pesant 300 tonnes, présentant en sa face intérieure 500 panneaux dorés (dont 499 gravés) d’environ 3 mètres de haut (trois mètres rappelant le déluge d’obus du conflit) sur lesquels sont inscrits les noms des soldats par ordre alphabétique, sans distinction de nationalité, de grade ou de religion. Les noms sont inscrits avec des caractères de 12 millimètres de hauteur. Le premier de la liste est « A Tet », un Népalais de l’armée britannique, la dernière inscription mentionne « Zschiesche Paul », un Allemand.

La liste des noms de 579 606 tués sur les 90 kilomètres de front du Nord-Pas-De-Calais entre 1914 et 1918, représentant 40 nationalités, a été dressée à partir des données fournies par chaque nation, principalement grâce aux archives française, britannique et allemande…

Une partie du monument a été édifiée en porte-à-faux au-dessus du vide comme pour rappeler la fragilité de la paix…

Il ne célèbre pas les vainqueurs de la guerre mais évoque la souffrance de tous les combattants. D’un seul regard, on a l’incarnation de la mort de masse.

9,5 millions

Le bilan humain du conflit s’élève à 9,5 millions de morts ou disparus dont 1,4 million de Français, 2 millions d’Allemands et 1,8 million de Russes. Parmi les grandes puissances, c’est proportionnellement la France qui est le pays le plus touché avec la mort de près d’un soldat sur cinq. La Serbie détient cependant le record avec près de 40% de son armée décimée. Selon l’historien Antoine Prost, il manque 1 million de morts non comptabilisés par les différentes armées : les prisonniers morts en détention, les soldats décédés des suites de leurs blessures après leur démobilisation ou encore ceux victimes de maladie. (1)

300.000

On compte environ 300 000 «gueules cassées» en Europe dont 15 000 en France. Ces blessés de la face et les mutilés deviendront les symboles d’une guerre particulièrement destructrice. (2)

Et dire qu’ils avaient l’âge de mon fils…

L1021611

 

L1021631L1021649L1021658L1021653L1021650L1021656L1021657L1021625L1021655L1021634L1021645

(1&2) http://www.lefigaro.fr/histoire/centenaire-14-18/2014/11/11/26002-20141111ARTFIG00038-la-premiere-guerre-mondiale-en-10-chiffres.php

Route des Grandes Alpes…en sept épisodes

Episode 2 :

En quittant Briançon, la D902 nous guide doucement vers le col d’Izoard (2 361 mètres).  Attention, l’accès au col est fermé aux voitures de novembre à mai. En cette fin d’octobre où la chaleur d’un été indien retarde un peu les colorations de saison, la palette chromatique d’automne se laisse découvrir dans la montée, au détour des virages. Plaisir des yeux, plaisir aussi de se sentir seul, la circulation est nettement plus calme qu’en plein été où des milliers de véhicules empruntent ce trajet.

En 1909, à l’instigation du Touring Club de France,  des routes d’agrément sont construites et reliées aux routes stratégiques construites depuis la fin du XIXe siècle, créant ainsi un itinéraire touristique qui permet d’emprunter les cols alpins.L1025375

En ce début de XXe siècle, la construction de ces nouvelles routes reliant les différentes vallées entre le sud et le nord a aussi un intérêt militaire, les troupes peuvent en effet se déplacer plus facilement.

L1025364L1025379

Nous filons vers Château-Queyras. Malheureusement pas de visite à cette période. Nous dormons près de celui-ci, sur les bord du Guil, en direction d’Abries.

Château-Ville-Vieille ou Château-Queyras se trouve à une altitude de 1 360 mètres, sa construction date de l’époque médiévale, XIIIe et très certainement XIe siècle pour sa version primitive. Ce sont les comtes d’Albions, maîtres et seigneurs du Briançonnais, qui posent ses premières pierres. Il servira à protéger les différentes vallées contre les brigands, et sera un temps une prison pour les femmes accusées de sorcellerie. En 1 700, il sera fortifié par Vauban afin de bloquer la vallée de la Durance.

Puis nous filons sur la D5 en direction de St Véran, petit joyau des montagnes que vous retrouverez, nous l’espérons, dans le prochain épisode de ce petit périple.

(vous pouvez également retrouver l’épisode 1épisode 3 et épisode 4 en cliquant sur les liens)

L1025380L1025383L1025377L1025382L1025385

edf

edf

 

 

%d blogueurs aiment cette page :